L'Union européenne vient d'allouer 347 millions d'euros à la protection des câbles sous-marins, ces infrastructures qui transportent 99 % du trafic Internet intercontinental et subissent des sabotages de plus en plus fréquents.

Bruxelles a débloqué une enveloppe de 347 millions d'euros pour renforcer la sécurité des câbles sous-marins qui alimentent l'Europe. Vingt millions d'euros vont financer en priorité des modules de réparation en mer Baltique, où les perturbations se multiplient depuis deux ans et où les autorités européennes soupçonnent des actes hostiles délibérés. Ces câbles subissent des menaces physiques comme les sabotages, les accrochages de bateaux ou les tempêtes, mais aussi des attaques numériques par espionnage ou intrusion.
Si ces liaisons venaient à manquer, le commerce en ligne, les messageries et l'ensemble des communications numériques s'effondreraient. C'est la souveraineté économique et stratégique du continent que Bruxelles cherche à protéger, car ces infrastructures conditionnent la vie numérique européenne.
Les géants du GAFAM ont pris le contrôle des autoroutes sous-marines
Google, Meta, Amazon et Microsoft financent désormais la majorité des nouveaux câbles transatlantiques et transpacifiques. Ces entreprises américaines ont progressivement évincé les opérateurs télécoms historiques, qui n'ont plus les moyens d'investir dans ces projets pharaoniques. L'Europe finance aujourd'hui la protection d'infrastructures qu'elle ne possède pas, puisque les GAFAM contrôlent les câbles pendant que Bruxelles paie pour leur sécurité.
Ce renversement place les États membres dans une position inédite. Ils doivent protéger des équipements privés qui servent l'intérêt général, sauf que les propriétaires restent des multinationales guidées par la rentabilité. Quand un sabotage vise un câble de Google en Baltique, qui doit réparer ? Qui coordonne l'intervention militaire si nécessaire ? Le rapport européen d'octobre 2025 a recensé ces zones d'ombre sans apporter de réponse claire.
Les opérateurs privés peuvent se retrouver en première ligne face à des campagnes d'espionnage ou de sabotage entre États. Or, ils n'ont ni les moyens ni la légitimité pour gérer des crises géopolitiques. Meta ou Amazon n'ont pas vocation à négocier avec des marines militaires en cas d'attaque sous-marine. Pourtant, ce sont eux qui possèdent les câbles visés.

Qui paie, qui répare, qui décide en cas de crise ?
D'un côté, on a les États membres qui gèrent leurs côtes et leurs eaux territoriales, de l'autre, les instances européennes qui financent des projets transversaux et les opérateurs commerciaux qui administrent les réseaux au quotidien.
Mais quand, en pratique, un câble casse en haute mer ou un acte de sabotage est détecté, personne ne sait vraiment qui doit agir en premier.
L'appel à projets financé par ces 347 millions d'euros ne vise que les entités publiques comme les garde-côtes, les marines militaires ou les agences de protection civile. Les opérateurs privés sont exclus, bien qu'ils possèdent l'expertise technique et les navires spécialisés pour réparer rapidement. Un câble coupé peut rester hors service des semaines, faute de coordination entre autorités publiques et acteurs privés et avec les conséquences que l'on connaît.
Bruxelles prévoit de stationner des modules de réparation dans les ports européens, notamment en Baltique, pour rétablir les connexions en urgence. Le budget alloué devra couvrir toutes les façades maritimes européennes comme la Baltique, la Méditerranée et l'Atlantique.
Trois cent quarante-sept millions d'euros pour l'ensemble, sachant qu'un seul câble transatlantique coûte entre 300 et 500 millions à installer. Les fonds suffiront à peine pour quelques opérations pilotes. Vingt millions d'euros doivent financer des capteurs intelligents qui surveilleront les câbles en temps réel et détecteront les anomalies. Ces dispositifs collecteront aussi des données océaniques et sismiques. Pour les intégrer dans des infrastructures existantes, dont certaines datent de plusieurs décennies, il faudra des investissements massifs que le budget européen ne peut pas absorber seul.
Les opérateurs privés devront compléter, sans garantie qu'ils acceptent de payer pour une surveillance qu'ils jugent d'abord stratégique et militaire plutôt que commerciale.
Source : Commission européenne